Pourquoi faut-il sauver les requins ?
L'impact des activités humaines, et notamment la pêche, sur les ressources marines est désormais démontré, et reconnu par les pouvoirs publics et les pêcheurs eux-mêmes. Ces activités ont engendré le déclin de nombreuse population de poisson et particulièrement celles des grands prédateurs dont les requins. Des corrélations négatives ont été établies entre la pêche et les modifications d'écosystèmes. Les requins constituent un des éléments des écosystèmes marins, mais cet élément est important du fait de sa position terminale dans les chaînes alimentaires. En effet, les requins maintiennent en "bonne santé" évolutive des populations de proies dont ils se nourrissent. Aucun autre prédateur ne peut le remplacer les requins dans les chaînes alimentaires marines.
L'exploitation des requins est dramatique du fait de leurs caractéristiques biologiques particulières: croissance lente, maturation sexuelle tardive (25 ans), faible fécondité, longues périodes de gestation, et des populations relativement réduites. La surpêche des grands prédateurs comme les requins océaniques a deux effets principaux sur les chaînes alimentaires marines la diminution de la pression de prédation qui favorise le développement des espèces-proies, et la modification des rapports de dominance fonctionnelle entre les espèces. Ainsi, le déclin des populations de requins peut entrainer le développement, voire la prolifération, des espèces-proies, et augmenter la compétition entre ces espèces.
Comment ces changements se propagent dans les chaînes alimentaires ?
Dans l'atlantique Nord par exemple, les ressources marines dont été exploitées durant des décennies, mais elles ont fortement décliné à partir des années 1960 avec l'industrialisation de la pêche. Plusieurs espèces sont devenues rares d'autres ont disparu des statistiques de pêche. Cela signifie que leurs populations ont été décimées ou bien que l'espèce elle-même a disparu ! Simultanément, on observe un changement dans la composition des captures : Les espèces de maillons supérieurs de la chaîne alimentaire (poissons piscivores) sont progressivement remplacés par des espèces de maillons inférieurs (poissons herbivores, invertébrés). La pêche exploite en premier lieu les grands poissons carnivores, plus faciles à capturer et ayant une meilleure valeur marchande, puis avec le déclin de ces poissons, elle cible les maillons inférieurs, jusqu'à atteindre les éléments primaires de la chaine. Ainsi se produit un glissement vers le bas de la chaîne alimentaire au fur et à mesure du développement de l'exploitation.
Compte tenu de ce phénomène observé dans différents zones de pêche, peut-on prédire les effets qu'auraient l'élimination des requins de l'océan mondial ?
En d'autres termes, un océan sans requin serait-il viable ?
Actuellement, il est difficile de répondre avec précision à cette question. Cependant, des études récentes ont mis en évidence que des réactions en cascade se produisent lorsque les éléments supérieurs d'une chaîne alimentaire sont fortement atteints. On peut donc raisonnablement prédire des effets négatifs pour l'écosystème et conséquences néfastes pour la pêche elle-même.
Une pêche durable ne peut se concevoir que dans un écosystème en bonne santé ! Si nous ne voulons pas manger du plancton, des méduses ou des verts marins dans un relativement proche, compte tenu des effets de la pêches intense exercés mondialement sur les ressources marines, les grands prédateurs comme les requins doivent faire l'objet d'attentions particulières pour maintenir leur biodiversité et assurer leur utilisation durable.